Illustration : Namibie, le désert
Illustration : Namibie, le désertIllustration : Namibie, montgolfièreIllustration : Girafes au point d'eauIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : NamibieIllustration : Namibie

Voyage-Voyage

Namibie, un paradis de pleine nature

Francine George -

Un safari en Namibie est un pur enchantement. L'immensité des paysages, leur démesure, adossés à la côte atlantique ou à des contreforts escarpés, est animée par une vie de pleine nature, désertique mais intense. Pays parmi les plus secs d'Afrique, son combat pour lutter contre l'aridité lui apporte une exceptionnelle sagesse.

Premiers contacts

Notre guide vient nous chercher à bord de son 4x4. Charmant et très attentionné du haut de son mètre quatre-vingt-dix, il est aussi notre chauffeur  pour ce safari du Nord au Sud de la Namibie. Tous les jours, grâce à lui, à sa passion,  nous allons découvrir en parfaite sécurité les merveilles de ce pays, ce qui fera de ce voyage une plongée inoubliable dans l’univers magique de l’Afrique du Sud-Ouest.

 

Nous traversons Windhoek, la capitale, désertée le soir après 18h. La plupart des gens qui y travaillent habitent à l’extérieur de la ville. Nous passons sur la colline devant le palais présidentiel où demeure Hage Geingob, troisième président namibien depuis l’indépendance.

Puis, le long voyage commence. Nous roulons plusieurs heures sur une route asphaltée, plutôt monotone, sans croiser beaucoup de voitures. La Namibie est un des pays les moins peuplés du monde, 2,11 millions d’habitants sur un territoire de 825 418 Km2. . Et d’entrée de jeu, nous sommes saisis par l’immensité des paysages, encore verdoyants. Dès qu’il y a un arbre suffisamment haut pour fournir un bel ombrage, un demi-cercle de table et banc de pierre matérialise une aire de pique-nique. Ce temps de transport permet à l’esprit de s’ouvrir peu à peu, en laissant les tracasseries ennuyeuses derrière soi. Nous arrivons dans notre premier lodge et à peine installés, nous partons à la recherche de léopards. Les félins de cette réserve privée portent des colliers émetteurs qui permettent de les localiser dans la brousse vallonnée. Les signaux se font de plus en plus rapprochés. Il serait tout près. ,le léopard, au pelage fauve parsemé de rosettes noires, ne s’approche des autres qu’au moment de l’accouplement. Les signaux distinctifs prouvent maintenant qu’ils sont deux. Il faut donc les laisser tranquilles. Pas de chance ! Nous repartons dans ce paysage sec, parsemé d’acacias et de termitières énormes qui, parfois, recouvrent le tronc entier d’un arbre. Phacochères, zèbres et koudous s’éveillent de leur sieste pour se diriger au point d’eau. Nous faisons une halte au milieu de la plaine. Pas un souffle de vent, la quiétude règne. Nos ombres au soleil rasant donnent l’impression que nous sommes devenus des géants. Sur le chemin du retour, le chauffeur pile littéralement. Dans l’arbre, un guépard sommeille. Sa tête repose sur une patte, laissant voir ses petites oreilles rondes. Soudain, il se lève, dérangé sans doute par notre présence, il s’étire et nous l’apercevons alors debout, majestueux. Il nous regarde, l’air absent, ses yeux ambre illuminent ce beau visage marqué par une traînée de larmes noires de part et d’autre de son museau. Il tourne la tête et fixe l’horizon parallèle à la piste, et sans que nous ayons eu le temps de régler nos appareils, il disparaît. Rare félin à chasser le jour tandis que les autres prédateurs dorment, le guépard est le plus rapide d’entre eux. Il peut courir jusqu’à 110 km à l’heure, mais épuisé, il a besoin de reprendre son souffle avant de se régaler et souvent, un autre prédateur vient, sous son nez, lui piquer sa proie sans qu’il ne puisse se défendre.

 

Destination Etosha.

Le parc national d’Etosha est une fabuleuse réserve animalière qui couvre 22 270 km2. Peu de monde sur les pistes et les animaux vivent leur vie à leur rythme, sans être importunés. Certains d’entre eux, comme les lions, les léopards, les hyènes, défendent leur territoire avec âpreté tandis que d’autres comme les zèbres, les éléphants , les élands du cap sont plutôt nomades. Un ancien lac asséché depuis plus de 10 millions d’années offre un paysage époustouflant. Le sol craquelé d’argile blanche renvoie une lumière d’acier dans un ciel bleu d’une pureté extraordinaire.  Timidement, nous faisons quelques pas, et surtout beaucoup de photos.

Nous remontons dans notre 4x4, l’après-midi tardait. Pas un souffle d’air dans ce no man’s land désertique en continuité du salar pan – lac salé. Et soudain, surgie de nulle part, une lionne marche seule, tranquillement, au bord de la route. La voiture s’arrête, et la lionne, impassible, s’allonge tout près de nous, ignorante de l’effervescence qui règne dans le 4 x 4. Plus loin, une hyène brune, pas si laide finalement, fait un passage éclair. Puis, un chacal hurle à la mort au milieu de la piste, comme s’il voulait nous arrêter, sur le côté un autre chacal lèche le cadavre de leur bébé. Le travail de la lionne, peut-être ou peut-être pas ?

 

Tout au long de notre traversée dans le parc, et à l’extérieur aussi, nous croisons des centaines d’antilopes, toujours très belles, avec des petites cornes noires comme les steenboks, ou bien avec des cornes plus importantes comme les springboks ou les Impalas à tête noire, mais la plus craquante de toutes, c’est le minuscule dik-dik, avec de grands yeux de biche, ponctués par un petit point noir, comme un grain de beauté, une merveille ! Toujours en groupe, les zèbres montrent leur croupe bien rebondie sans trop se préoccuper de ce qui les environne. Parfois, un zèbre plus curieux fixe l’objectif en baissant une oreille, comme s’il disait bonjour. Dans le Damaraland, nous ferons la connaissance des zèbres des montagnes, différents des zèbres des plaines par leur zébrure qui, pour ces derniers, les habille jusqu’aux sabots. Les autruches font aussi partie du paysage tout  autant que les pintades en vadrouille permanente sur les pistes. À l’inverse, les Babouins s’observent plutôt de loin, parfois assis sur le sommet d’une termitière comme s’ils siégeaient sur un trône.

 

Des milliers d’oiseaux, aigrettes, échassiers, marabouts, flamants, promènent leurs battements d’ailes dans l’air chaud du parc. Les petits oiseaux, des centaines d’espèces plus colorées les unes que les autres, se cachent dans les arbres épars. Le plus remarquable est le Républicain Social, un passereau construisant des nids énormes, aussi grands qu’une meule de foin, formant une sorte de tour HLM avec des loges centrales gardant pour la nuit une bonne température, tandis que les loges extérieures servent le jour à s’abriter du soleil. Pour se protéger, ils invitent parfois d’autres espèces commensales, comme le Fauconnet d’Afrique, un petit rapace qui fait fuir les serpents. D’autres animaux pratiquent ce genre d’entraide. La mangouste, par exemple, très habile à attraper sa proie va loger dans le terrier des écureuils qui peuvent creuser de longues galeries dans la terre. L’un apporte nourriture ou protection, l’autre le logis.

 

Les girafes et les éléphants font souvent la route ensemble. Nous ralentissons, car un énorme éléphant vient de traverser la route sans crier gare, il était seul. Plus loin, un éléphanteau s’asperge avec sa trompe et se roule dans le sable, sa mère l’attend patiemment, en se ventilant avec ses oreilles, puis, tous les deux reprennent le chemin jusqu’au point d’eau.  Les girafes y sont déjà, les pattes pliées à angle droit pour que leur long cou puisse atteindre la mare où flottent quelques canards insouciants.

 

À Okaukuejo, un lodge d’État très bien entretenu, le point d’eau est éclairé. Protégés derrière un muret en hauteur, nous pouvons, avec les autres résidents, regarder en silence les animaux venir se désaltérer à la tombée du soir. Des projecteurs éclairent ce spectacle féérique dans un jeu d’ombre et de lumière. Gnous bleus, élands, rhinocéros, viennent se désaltérer par petites grappes à tour de rôle sans trop s’attarder.  Puis, soudain, rapide comme l’éclair, un lion vient attraper une antilope. Nous sommes tous tétanisés, ne pouvant bien évidemment rien faire. C’est la vie, la vie sauvage, et si nous sommes au spectacle, ce n’est qu’artificiellement. Le silence est de plomb. D’autres animaux arrivent, nous avons envie de leur crier de déguerpir, mais comment ? Le lion est à l’abri d’un bosquet,  et il savoure son repas. Le danger est de toute façon écarté. Le cœur bat un peu trop fort, mais nous restons là, quand même. Puis un couple d’éléphants débarque, masse imposante dans la nuit étoilée. Un premier mirage ? Non, les photos, plutôt floues, diront le contraire !

 

Damaraland – Moro – Perivi - Nawa

Nous reprenons la route en direction du Damaraland. Chaîne de montagnes époustouflantes aux couleurs chatoyantes, ocre, rouge ou orangée. Nous entrons dans un village Himba, peuple apparenté au peuple Herero, mais voulant garder ses traditions et son semi-nomadisme. À l’origine de ce village, le propriétaire d’un ranch recueille, pourtant au temps de l’apartheid, une femme Himba gravement malade et la fait soigner. Elle guérit et ils vivent ensemble quelques années de bonheur, sans toutefois pouvoir avoir d’enfant. Elle lui propose alors de faire venir quelques femmes et enfants de son clan et crée, sur le territoire qu’il lui a octroyé, un village avec une école. Ils se séparent, mais la petite communauté reste sur place. Les femmes s’occupent du foyer, les hommes partent à des kilomètres s’occuper du bétail. Le bétail est leur vie, le bétail est leur âme. Vers 14-15 ans, autour du feu sacré, les Himba se cassent les incisives inférieures pour ressembler le plus possible à leur bétail. Nous entrons, accompagnés du guide du village, à l’intérieur de la hutte du chef, sa dernière épouse nous montre comment elle confectionne son habit de beauté avec de l’ocre rouge, des herbes pilées et de la graisse de vache. En sortant, il importe de ne pas couper la ligne virtuelle qui relie la hutte du chef au feu sacré, toujours allumé, lien qui maintient les relations entre les vivants et les morts. Un petit marché artisanal nous attend avec toutes sortes de bijoux confectionnés par les femmes Himba, en particulier des bracelets taillés dans les tuyaux PVC que l’État leur a fournis pour construire des réservoirs d’eau. Sauf que dans la tradition Himba, l’eau est réservée au bétail. Moro - Perivi – Nawa est une formule de politesse accompagnée d’un gestuel des mains pour dire bonjour et remercier nos hôtes de nous avoir reçus. 

 

 À Twyfelfontein,  un site d’art rupestre nous attend. Il se situe dans un imbroglio de roches empilées, le désert est ici gigantesquement chaotique. La chaleur est accablante, mais le courage ne peut pas nous manquer lorsque l’on est si bien accueillie par une femme San, peuple aux descendants directs des Bochimans, chasseurs-cueilleurs, premiers habitants de l’Afrique Australe. Elle nous offre un grand moment lorsque nous l’écoutons, fascinés, parler et nous traduire sa langue à clic. Puis, nous nous dirigeons vers les parois rocheuses recouvertes de portraits d’animaux gravés dans la roche. Un art à ciel ouvert conservé depuis des millénaires. Toutes sortes d’animaux y sont représentés dont " la girafe protectrice qui gratte le ciel avec son oreille pour faire tomber la pluie ".

 

Nous venons de passer la barrière sanitaire instaurée par l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid, elle délimite le nord du sud avec l’interdiction d’exporter au sud de la viande fraîche. L’histoire de la Namibie se résume là, caricaturale, le sud, où se trouvent la plupart des richesses minières à commencer par le diamant, le centre du pays où se trouvent les éleveurs blancs Afrikaaners, le nord, pays où ont été refoulées les populations noires et où le taux de chômage est le plus élevé.

 

Pause urbaine à Swakopmund, station balnéaire allemande aux charmes pittoresques. La Namibie était une colonie allemande jusqu’en 1915 où elle est passée sous protectorat sud-africain en ayant subi le régime de l’Apartheid. C’est un des derniers pays à accéder à l’indépendance en 1990, résultat de tractations internationales : retrait des troupes cubaines d’Angola sous condition que l’Afrique du Sud libère le territoire namibien. La Swapo, parti politique qui a lutté pour l’indépendance, a été créée par Sam Nujoma, premier président de Namibie. Le régime démocratique namibien peut servir d’exemple tant le respect des différentes populations, de leurs traditions, y est inscrit dans une volonté de pluralisme tolérant. L’économie repose en grande partie sur les richesses minières - uranium, zinc, or et diamant - mais reste dépendante de l’Afrique du Sud pour l’essentiel de la vie courante.  

 

Le désert du Namib

Nous nous dirigeons maintenant vers le Namib, un des plus vieux déserts du monde. Le must du voyage ! Le désert tombe à pic dans cet océan inhospitalier, traversé par le courant froid de Benguela, et la route fondée en sel qui sépare les dunes de la côte laisse flotter des nuages de poussière. Les rares habitations, résidences secondaires créées de toutes pièces avec ses maisons éparses flanquées, chacune, d’une tour de réservoir d’eau, donnent l’impression de villages fantômes. Plus loin, dans le désert, solitaire, un hameau joue la carte du tourisme en recréant un décor de western. Station essence, épicerie écomusée, boulangerie Bagdad café, et carcasses de voitures oxydées sur lesquelles on s’attend à voir quelques vautours scruter l’horizon.   

La vie n’est pas absente de cet espace privé d’eau, mais humidifié par le brouillard. Parfois, un oryx, avec ses grandes cornes longilignes comme des cannes à pêche, erre à la recherche de quelques broussailles. Le caméléon sert d’indicateur météo en changeant de couleur en fonction de la température, la fameuse Welwitschia mirabilis impressionne, cette plante est capable de vivre des centaines d’années, l’arbre-carquois, solitaire, offre un véritable réservoir d’eau avec ses feuilles charnues…

Pour le coucher du soleil, nous nous dirigeons vers la dune 45, rouge flamboyante dans l’alignement de ses sœurs, belles aussi, mais plus discrètes dans les tons ocre ou parfois fauves. Dans ces plus hautes dunes du monde, le vent dessine tous les jours des arabesques en effaçant les traces des prédateurs qui sont venus souiller cette splendeur virginale. Un spectacle à couper le souffle. En extase, on se sent fourmi, parasite devant cette majestueuse vallée de dunes. Il faut y aller, il faut absolument y aller pour saisir la grande, l’immense beauté de ce monde !

 

 

 

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