Illustration : Petit Pays de Gaël FAYE
Illustration : Petit Pays de Gaël FAYE Illustration : Petit Pays de Gaël Faye

Chronique des prix Métis 2017

Chronique 2 de la sélection Métis- Petit pays de Gaël Faye

Francine George -

Petit Pays de Gaël Faye édité chez Grasset.
Petit pays est déjà couvert de prix depuis 2016, Prix Goncourt des lycéens, prix du roman FNAC...et à La Réunion, il fait partie de la sélection des trois prix Métis. Il n'y a pas de hasard, les critiques sont unanimes, et les lecteurs ne tarissent pas d'éloges sur ce roman d'une rare profondeur...

Gaël Faye, auteur-compositeur-rappeur, se lance pour la première fois dans l'écriture d'un roman, et pour explorer ce nouveau territoire, et donner corps à ses personnages, il plonge dans son histoire familiale et dans celle de son pays.

Quel pays ?

L'histoire se déroule sur trois ans de 1992 à 1995 sous le regard de Gabriel, un gamin de 10 ans, de père français et de mère rwandaise, qui vit au Burundi avec sa soeur, Ana. Premier séisme, les parents se séparent, et il s'accroche aux souvenirs "sépia" du bonheur familial à quatre. 

 "Les sanglots avaient transformé la voix de maman en un torrent de boue et de gravier. Une hémorragie de mots, un vrombissement d'injures emplissait la nuit."

Puis, second cataclysme, la guerre entre les Hutus et les Tutsis éclate, faisant fuir la famille de sa mère au Burundi. C'est alors que Gabriel réalise qu'il est Rwandais, Français...et Tutsi.

Mais jamais les monstruosités ne sont décrites au premier plan, elles sont d'autant plus horribles qu'elles sont suggérées, comme ces moments effroyables où la mère, en pleine nuit, réveille sa fille pour lui raconter, encore et encore, l'histoire du massacre de sa famille.

Pour échapper à l'écrasante réalité qui frappe aux portes du quartier où il vit, Gabriel se réfugie dans son enfance, essaye "de figer le temps" et trouve une échappatoire grâce à la bibliothèque de Madame Economopoulos, une vieille femme grecque qui le prend en sympathie.

Toutefois, il ne peut y échapper longtemps : " Cet après-mdi -là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J'ai découvert l'antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre....La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais.

L'histoire, le style poétique et percutant à la fois, l'humour souvent malgré les circonstances, font que la dernière page tournée, ce petit bijou reste profondément ancré dans le coeur du lecteur.

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