Illustration : Prix du roman Métis des lycéens
Illustration : Prix du roman Métis des lycéensIllustration : Guillaume Staelens - Itineraire d'un poete apache

Roman

Guillaume Staelens, lauréat du Prix du Roman Métis des Lycéens 2014

Bat'Carré communiqué -

Le 9 décembre 2014, le jury des lycéens qui se densifie de plus en plus - 22 jeunes de dix lycées réunionnais, cette année - s'est réuni pour choisir leur lauréat. En très peu de temps, ils ont accepté de s'impliquer dans la lecture des romans sélectionnés " pour défendre notre métissage à nous ", dit l'un d'entre eux, et globalement, pour venir défendre le choix de leur classe lors d'une délibération où ils sont seuls maîtres et juges.

Parmi les quatre romans sélectionnés, deux étaient dans la liste du Grand Prix Métis,

  • Englebert des collines de Jean Hatzfeld chez Gallimard
  • Itinéraire d’un poète apache de Guillaume Staelens chez Viviane Hamy
  • Faire l’aventure de Fabienne Kanor chez JC Lattès
  • Chems Palace d’Ali Bécheur chez Elyzad


Et le lauréat est Itinéraire d’un poète apache de Guillaume Staelens chez Viviane Hamy


Il est difficile pour eux de lire les quatre romans, car ils n'ont que 15 jours pour le faire. Ils ont donc, dans ce huis clos, défendu le choix de leur classe, lancer dans un premier temps les arguments des uns et des autres avec une tonique détermination. Puis est venu le temps des débats, houleux, où il fallait trancher " entre Englebert et Apache ", leur choix s’est porté sur Itinéraire d’un poète Apache qui, basé sur la vie de Rimbaud, leur parle à la première personne. Un bel enthousiasme les anime lorsqu'ils justifient leurs choix. Ils s’identifient au héros, qui d’emblée leur parle de leurs préoccupations d’adolescents. De ce fait, ils cheminent avec lui tout au long de son périple de l’Amérique du nord à l’Amérique latine. " Il a choisi de voyager, de défier la société américaine, il lui arrive plein d’aventures, il tombe amoureux, il se drogue…Ses goûts ne sont pas forcément les nôtres, ce qui nous a plu c’est qu’il découvre la vie aussi, à chaque endroit nouveau, il élargit sa vision. Il apprend de ses échecs, il n’est pas figé. Il aime la musique, c’est un artiste, il dessine, c’est un personnage qui nous a beaucoup touchés. "

Englebert des collines, histoire qui se passe pendant le massacre du Rwanda, les a beaucoup touché aussi. Les lycéens avait déjà entendu parler du Rwanda, mais ce récit leur a permis de réaliser pleinement toute l'ampleur de la tragédie.

Les deux autres romans, Faire l'aventure de Fabienne Kanor et Chems palace d'Ali Bécheur ont de suite été écartés. Pour Chems Palace,  parce quil s'agit d'un texte trop littéraire qui les a rébutté dès les premières pages et pour Faire l'aventure parce que, pour eux, ça sonne trop comme un documentaire.

Courant 2015, Guillaume Staelens - après Delphine Coulin, Carole Zalberg et Cécile Ladjali -  viendra à la rencontre des lycéens réunionnais, une occasion de le retrouver dans BAT’CARRÉ.

 

 Itinéraire d'un poète Apache de Guillaume Staelens aux éditions Viviane     Hamy
 
Premier roman de Guillaume Staelens qui, empreint de sa passion pour Arthur Rimbaud, laisse son héros, Nick Stanley, métis de père américain et de mère indienne de la tribu des Nez-Percés, partir à l'aventure, comme l'homme aux semelles de vent. Écriture nerveuse, rythmée comme un album de rock, dit l'auteur, entraîne le lecteur dans l'Amérique des années 90, fin de la guerre froide aux bouleversements politiques de l'Amérique du Sud, avec toujours en trame de fond, un esprit de révolte, la remise en question du fonctionnement de la société. Un roman philosophique en quelque sorte dans un style Heavy Metal empreint d'un certain lyrisme.... Un coktail détonnant ! 

 

 
Extraits 

" Elle évoqua le procès en cours  de Manuel Noriega.  Ce n'était pas le mafieux narcotrafiquant qui était visé,  mais les camés, partout.  Une mise en garde ricanante.  La chasse aux parasites était lancée, comme Burroughs l'avait prédi dans Junkie, quarante ans plus tôt. Le vieux Reagan, ancien gouverneur de Californie nourri à la haine du hippie, aurait au moins réussi cela. À défaut du reste."

 
"Quel était le combat de ma génération ? Suivre de longues études, ingurgiter des polycopiés pour se payer une baraque préfabriquée, un écran géant et des vacances en Thaïlande ?  Pour crever dans une salle de bain, la joue contre le carreau froid, l le bide débordant du peignoir  blasonné ? Une vie pasteurisée, un plat sous vide ? Je passe la main."
 
 
 Faire l'aventure de Fabienne Kanor aux éditions JC Lattès

Journaliste, écrivain, réalisatrice avec sa sœur, Véronique Kanor, on sent dans Faire l'aventure la puissance de l’image, les coupes sombres du montage, l’envie d’humaniser ceux qui ne sont considérés qu'en xièmes numéros, victimes de l’émigration. Une belle histoire d'amour entre le héros, Biram, et l'intrépide Marème  donne du souffle à ce récit de rêves et d'aventures où l'on s'attache très vite aux personnages.

Extrait 

" Rabattant son dossier, Biram  soupira et,  de son doigt le plus compétent, s'employa à décrotter rigoureusement son nez. Cette Afrique de l'autre bord, il aurait bien aimé lui dire en face ce qu'il pensait-elle.  Il se prenait pour qui ces Diaspo avec leur parler cheucheucheucheu et leurs anecdotes à la gomme?..."D'ailleurs,  c'est bien simple. Si un jour j'arrive à faire ma vie en Europe, je ne veux même pas entendre parler de diaspora.  Même si on me prend pour un malade mental, un fasciste, un intégriste, un campagnard, c'est leur problème.  Diaspo, c'est du toc de Chinois. Tu es africain ou tu n'es pas africain, il n'y a pas de milieu, point trait. "

 

 

   
 Englebert des collines de Jean Hatzfeld aux éditions Gallimard
 
Jean Hatzfeld, journaliste-écrivain, reporter de guerre à l’époque du génocide a déjà écrit plusieurs ouvrages qui témoignent, autant du côté des Tutsis que du côté des Hutus, de cette guerre fratricide. Englebert, un vieil ami, curieusement érudit, rencontré à Nyamata, petite ville située au sud de Kigali, " aimait bavarder de tout jusqu’à un certain degré d’alcoolémie ". Et, comme une balade à la rencontre de sa vie, le lecteur reste impressionné par son appétit de vivre après tant d’atrocités.  
 

Extrait du portrait d’Englebert

Quand on se sent un peu accablé par l’histoire des tueries qui hantent la région, Englebert est de ceux dont on apprécie l’humeur lunatique, les colères, la roublardise, les fulgurances joyeuses ou désespérées. "

 

Extrait du récit d’Englebert

Le génocide m’a fait solitaire intérieurement, comme je te l’ai dit. Voilà pourquoi dorénavant j’évite les complications. Je vais, je laisse. Ceux qui m’aiment, ils sont le plus grand nombre, je les aime aussi. Ceux qui ne m’aiment pas, tant pis, je ne veux même pas les rencontrer…En tant que rescapé, je n’aime pas qu’on me rappelle celui que j’ai été. "

 
 
 Le jury

 

Dix lycées répartis sur toute l'île participent cette année au Prix du Roman Métis des Lycéens, soit deux de plus que l'année dernière. En voici la liste :

• Lycée Levavasseur Saint-Denis

• Lycée Le Verger Sainte-Marie

• Lycée Sarda Garriga Saint-André

• Lycée Louis Payen Saint-Paul

• Lycée Paul Moreau Bras Panon

• Lycée Pierre Poivre Saint-Joseph

• Lycée Polyvalent de Bras Fusil Saint-Benoit

• Lycée Bel Air Sainte-Suzanne

• Lycée Vincendo Saint-Joseph

• Lycée Maison Blanche Saint-Paul

 

 Romans primés depuis 2011 

2011 - Samba pour la France de Delphine Coulin aux éditions du Seuil

2012 - À défaut d'Amérique de Carole Zalberg aux éditions Actes Sud

2013 - Shâb ou la nuit de Cécile Ladjali aux éditions Actes Sud

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