Illustration : la vierge au voile
Illustration : la vierge au voileIllustration : La madone à la chaise

BAT'CARRE

RAPHAËL ET L'ART DIVIN

Lorédana Venuti Alory - Peinture RAPHAËL -

Raphaël est l'un des trois génies qui portèrent la période de la Renaissance italienne à son apogée. En très peu de temps - il décède à l'âge de 37 ans - son ?uvre prolixe influencée par ses aînés, Léonard de Vinci, et son grand rival, Michel-Ange, s'est rapidement imposée, et reste aujourd'hui encore ancrée dans la mémoire collective. Raphaël exalte dans ses toiles une douceur angélique et confère à ses scènes liturgiques une accessibilité lumineuse. Peintre des Madones ainsi que des appartements du pape, grand portraitiste, sa gentillesse et son empathie le conduisent brillamment à créer sa propre voix en sublimant les savoirs de ses maîtres.

Extrait d'une des conférences de Loredana Venuti-Alory organisée par l'association Ciao Réunion

 

La phase d’apprentissage en Ombrie

Raphaël – Raffaello Sanzio – est né en 1483 à Urbino, une ville de la province d’Ombrie, capitale des grands mécènes, les ducs de Montefeltro dont Raphaël réalisera plus tard de très beaux portraits. Son père, Giovanni Santi, est un artiste reconnu qui l’initie très tôt à la peinture. Scénographe également, il transmet à son fils l’art d’une mise en scène théâtrale dans la composition d’un tableau. Autre leçon apprise, le fonctionnement à plusieurs mains, maître et élèves réalisant ensemble la même œuvre,  que Raphaël appliquera plus tard dans ses propres ateliers, ce qui lui permettra de faire face à ses nombreuses commandes.

Il n’a que onze ans lorsque son père et sa mère décèdent. Son oncle le prendra en charge et il continuera à se former avec une envie insatiable d’apprendre. À seize ans, il est déjà considéré comme un peintre accompli, et répond aux commandes de portraits, de retables, de peintures d’ordre religieux. Son passage dans l’atelier de Perugino, célèbre peintre de Pérouse, lui apporte de nouvelles dimensions artistiques qu’il s’approprie avec beaucoup de facilité et de sensibilité, en particulier le dialogue entre les personnages et le paysage. La composition du tableau Le mariage de la Vierge, peint par les deux artistes, montre bien comment Raphaël sait s’inspirer de ses maîtres et, à partir de là, créer sa propre voie. Tandis que Perugino organise sa composition en deux strates horizontales figées, les personnages alignés au premier plan, le temple de Salomon en arrière-plan, Raphaël organise l’espace autour du couple en plaçant les personnages en demi-cercle, créant ainsi une scène vivante et donnant plus de force à l’ensemble du tableau.  Et c’est bien là que Raphaël excelle en sublimant l’art qu’il assimile de ses maîtres.

 

La courte, mais intense période florentine

En 1504, Raphaël arrive à Florence, qui est encore la grande capitale de l’art italien, et côtoie les grands maîtres de l’époque, Léonard de Vinci, de trente ans son aîné, et celui qui sera son rival acharné, l’impétueux Michel-Ange, de huit ans plus âgé. Une effervescence culturelle régnait à Florence et les peintres étaient des savants maîtrisant plusieurs disciplines, Léonard de Vinci : peintre, architecte, ingénieur, médecin, humaniste, en était le chef de file. Il reçoit Raphaël dans son atelier. Ce dernier s’empare rapidement de nouvelles techniques observées, telles que la sfumato, la modulation chromatique des contours grâce à des effets de dégradés d’ombres et de lumières.

Léonard de Vinci est le grand innovateur, celui, entre autres, de la perspective atmosphérique. Il a une vision laïque qui relie la terre à l’univers et réussit à abolir les frontières entre l’art et la science, en cherchant à exprimer l’âme de ses personnages. Michel-Ange, sculpteur, peintre, architecte, urbaniste et poète, d’un tempérament volcanique, va s’imposer dans l’art figuratif par la puissance des formes, la plastique des corps, les muscles mis en valeur, les mouvements de torsion qui donnent l’impression que, dans le tableau, le personnage est en train de bouger.

Raphaël, d’un tempérament très doux et solaire, à l’inverse de Michel-Ange, va développer une capacité à rendre accessible, sans mystère apparent, ses scènes liturgiques. Par une multitude de détails très recherchés, il offre une lecture douce, lumineuse, de ses Madones, qui suscitent de fortes émotions, même chez les profanes.

 

À Florence, alors que Léonard de Vinci et Michel-Ange sont en compétition pour la décoration du palais communal, le Palazzo Vecchio, Raphaël prend ses distances et réalise La Belle Jardinière, œuvre qui perdura dans le temps, les deux fresques murales – La bataille d’Anghiari et La bataille de Cascina - ayant disparu.

 

Le peintre aux Madones

Raphaël entreprend une série impressionnante de Madones où l’on retrouve les influences de Léonard et de Michel-Ange. Ce talent à exprimer un idéal de beauté a forgé sa célébrité hors du temps. Ces Madones seront adoptées par les générations successives, comme l’image de Dieu le père réalisé par Michel-Ange.

 

La Madone Sixtine

La Vierge portant affectueusement l’enfant est au centre du tableau et s’élève sur un parterre de nuages, habillée de façon simple et conventionnelle en rouge et bleu, un voile encadre sa tête et part en gonflant vers la droite. Le regard subtil de Saint Sixte, Saint protecteur des papes, montre toute l’humanité de la scène alors que le destin du Christ sur la croix est connu. Une barre de fer alourdie par le poids d’un drap vert crée un effet d’illusion, comme une scène de théâtre, d’ailleurs une balustrade est représentée au premier plan sur laquelle deux angelots sont accoudés, le regard espiègle. Ces chérubins sont commercialisés aujourd’hui à outrance, sur des magnets, des boîtes de chocolat, des savons…mais on en a oublié l’auteur.

 

 

La Vierge au diadème bleu

Elle sera l’une de ses dernières réalisations. Au premier plan, l’enfant est endormi, et la Vierge, par un geste délicat, soulève le voile comme s’il s’agissait d’un linceul. La présence de Saint Jean-Baptiste rappelle ainsi la mort du Christ. La Vierge n’est pas auréolée, invention empruntée à Léonard de Vinci. Le paysage au fond évoque la Rome impériale. Raphaël avait été chargé par le pape de faire un travail de classement des monuments avec son ami Baldassarre Castiglione.

Le portraitiste de talent

Raphaël est également un grand portraitiste, son talent, son empathie naturelle et spontanée lui confèrent un immense succès. Le célèbre portrait de son ami Castiglione incarnant un courtisan au sens noble du terme - ambassadeur à Rome du duc d’Urbino – est un chef-d’œuvre d’harmonie, de discrétion et d’élégance repris plus tard par Rubens, Rembrandt, Delacroix et bien d’autres encore. Raphaël peint son ami en sombre, noir ombré sur un fond clair sans paysage, contrairement à l’époque. Une lumière douce emplit l’espace et magnifie le personnage positionné de trois-quarts les mains jointes à la manière de La Joconde. Castiglione emporte ce tableau en quittant la ville, et dira plus tard qu’il avait le sentiment, en regardant son portrait, d’avoir toujours à côté de lui son ami Raphaël.

 

Le sacre à Rome

En 1508, Raphaël est appelé à Rome par le pape Jules II, Michel-Ange commence alors le plafond de la chapelle Sixtine. Léonard de Vinci, quant à lui, est appelé à la cour du roi François 1er, un peu dépité d’être mis à l’écart des grands travaux que le Vatican souhaite réaliser pour montrer sa puissance retrouvée après l’épisode cuisant d’Avignon et la menace Luthérienne.

Le pape confie à Raphaël la décoration de plusieurs salles du Vatican – Le Stanze. Raphaël se montre le plus talentueux à servir ce projet, et Jules II lui laisse carte blanche en congédiant tous ses prédécesseurs. Après la mort de Jules II, en 1513, le nouveau pape, Léon X, un Médicis, continua ce que son prédécesseur avait entrepris. Raphaël commence par la chambre du milieu, la Salle de la Signature avec La dispute du Saint Sacrement. La scène concentrique est divisée en deux parties qui dialoguent,  la partie céleste à la gloire du divin et la partie terrestre mettent en valeur l’Église militante. Le Saint Sacrement en partie centrale fait lien entre le Ciel et la Terre. Après l’apologie dogmatique, Raphaël, dans L’école d’Athènes, fera l’apologie de la philosophie. Ces deux fresques gigantesques lui apporteront une renommée mondiale et intemporelle.

Au final, le génie de Raphaël réside dans le fait d’avoir atteint cette " beauté idéale " recherchée depuis l’Antiquité, mais aussi dans sa capacité à la réinventer en beauté radieuse et vivante.