Illustration : DIGEMA
Illustration : DIGEMAIllustration : DIGEMAIllustration : DIGEMAIllustration : DIGEMAIllustration : DIGEMA

À L'AFFICHE

DIGEMA À LA CITÉ DES ARTS

Photo Dominique Meyer Bisch - Texte fracine George -

DIGEMA, le sculpteur réunionnais, expose ses nouvelles créations à la toute nouvelle Cité des Arts de Saint-Denis.

Après avoir sublimé le corps, en écrous brossés, polis, fondus, DIGEMA explore la couleur et la puissance secrète des arbres.
Une exposition à ne pas rater, salle Banyan du 5 au 20 mars 2016.

DIGEMA, depuis sa sélection au concours organisé par Monaco, marche à grands pas sur le chemin de la renommée. Le Caroussel du Louvre a sollicité la présence de ses oeuvres en décembre dernier et renouvelle sa demande pour le printemps 2016. Plusieurs galeries en Métropole et en Europe se l'arrachent...belle performance pour ce Réunionnais de la Saline.

DIGEMA, depuis sa sélection au concours organisé par Monaco, marche à grands pas sur le chemin de la renommée. Le Caroussel du Louvre a sollicité la présence de ses oeuvres en décembre dernier et renouvelle sa demande pour le printemps 2016. Plusieurs galeries en Métropole et en Europe lui ouvrent la porte...belle performance en si peu de temps pour ce Réunionnais de la Saline.

medias/static/files/Digema%20Cite%20des%20Arts.pdf

 

Portrait de l'artiste paru dans le BAT'CARRÉ N°1 vendu chez les marchands de journaux.

 

L’antre de l’artiste

                            En quittant la grande terrasse en bois qui sert de salle d’expo autant que de salle d’entraînement au Pencak-Silat, on arrive, par l’étroit escalier en colimaçon, à l’étage qui surplombe la mer, un espace au vent entouré d’arbres fruitiers et de palmiers, propice à la contemplation, et c’est de là que Digema – alias Georges-Marie Dijoux -, l’esprit toujours en mouvement, vient calmer ses ardeurs en chaussant sa longue-vue pour regarder les baleines jaillir de l’eau avec leurs baleineaux. Et de là, il les voit très bien.

                            Puis, en traversant une coursive, on passe devant la terrasse des chats, et, enfin, on pénètre dans son atelier à ciel ouvert, abrité du vent et de la pluie par la maison attenante et par des toiles tendues. Une autre petite terrasse surélevée borde le parc de la tortue au milieu duquel un frangipanier prend ses aises. Le jacuzzi complète le décor. Un havre de paix, malgré l’activité fébrile qu’il y déploie. Tous les jours, quoi qu’il en soit, il y passe un temps certain. On ne sent pas le stress du créateur, ni les affres de la réalisation d’une œuvre. Ancienne salle de jeux, l’atelier de l’artiste garde un aspect ludique, joyeusement bordélique et, surtout, invite au voyage. De bric et de broc, caddy déglingué prêt à être customisé, plan de travail couvert de fragments et de brisures métalliques, vieux poste radio, four, groupe électrogène, tambour de machine, débris de toutes sortes, des écrous, bien sûr, de différentes tailles, rangés, eux, dans leurs boîtes en carton, armoires de bois blanc surmontées d’un phare, ancre marine, hublot de bateau, on pourrait presque sentir les embruns d’une marée haute sur la côte des Abers. Notre artiste aurait-il des ancêtres bretons ? Pas du tout ! Originaire de Saint-Pierre, Digema est tout simplement le descendant de Balzac. En d’autres termes, il est issu de la lignée du demi-frère du célèbre écrivain, Henri, fils chéri de sa mère,  né d’une relation extra-conjugale… Tout un roman !

                            De son enfance, avant-dernier d’une fratrie de six enfants, filles et garçons à égalité, il garde en mémoire une éducation réunionnaise traditionnelle, des parents aimants soucieux du bien-être de leurs enfants, le repas familial, moment indispensable de partage autour de la table, feu sacré de l’équilibre de chacun. Quelques anecdotes reviennent, de-ci de-là. Par exemple, les sorties du samedi soir pour accompagner – surveiller-  ses sœurs au Tout va bien. Un grand moment où il fallait faire bonne figure et passer le filtre des tantes qui braquaient sans vergogne leur lampe de poche sur le prétendant de leur protégée. Et Digema se souvient encore devoir poser délicatement son mouchoir blanc fraîchement repassé sur l’épaule de la jeune fille en marque de respect. Tout un cérémonial codifié d’un temps révolu qui fait sourire aujourd’hui ce père de trois adolescents. Ses meilleurs souvenirs de fête se situent plutôt en métropole lorsqu’il y faisait ses études. Et déjà, à cette époque, il était attiré par le travail d’artistes sculpteurs et soudeurs qui exposaient sur des péniches à Paris, premières graines semées dans sa recherche artistique…

 

L’esprit du corps

                            Sportif émérite, Digema, diplômé d’État en préparation physique, est le premier coach à enseigner la Paléo-Physique à La Réunion, une pratique de pleine nature qui vise à utiliser son corps sur des terrains hostiles à la manière de l’homme de Néandertal. Cette discipline complémentaire du Pencak-Silat - qu’il pratique et enseigne également - n’est pas qu’un art martial, mais bien une philosophie de vie. Le Pencak-Silat, d’origine indonésienne, prône en effet des valeurs éthiques tout autant que l’accès au bien-être moral et physique. La beauté et la richesse de ses techniques de self-défense s’inspirent de l’art de combattre du tigre, par exemple, et requiert une connaissance et une maîtrise hors pair du corps.

L’esthétique du geste est ici sous-tendue par une philosophie de comportement.

                            Ainsi, Digema développe une relation profonde avec le corps, qui, d’un seul geste, exprime sans un mot toute une palette d’émotions de la vie à la mort. Et c’est en osmose avec sa profession qu’il développe son art qui, depuis quatre ans, incarne la symbiose du corps et de l’esprit.

                           

Le corps à l’œuvre

                            Curieux de tout, il a depuis 25 ans travaillé toutes sortes de matériaux, en perpétuelle recherche d’une expression qui le ferait vibrer : roche de corail, poutre de tamarin, morceau de basalte, marbre de carrare, acier, fer, cuivre, bronze, inox…

                            Jamais assouvi, pugnace, il s’essaye à différentes techniques, puise dans la mythologie, mais surtout va faire ses armes auprès de forgerons indonésiens, spécialistes de la fabrication du sabre sacré – le Kriss. De 1996 à 2012, il effectue plusieurs stages en Malaisie, les regarde en silence pratiquer cet art millénaire, dont ils sont les seuls détenteurs. Arme redoutable, chargée de spiritualité, son façonnage se fait selon un rituel précis tout aussi important que les techniques de pliage, martelage de ce qui fut un temps appelé les secrets de la lame de Damas.

                          Donner corps à une pensée abstraite. Dans ce sens, Digema se donne un thème, l’esprit autour duquel il veut créer sa collection, et au moment d’élaborer l’œuvre, l’inconscient s’invite et se matérialise en un geste, fruit de la fusion de ses pensées en mouvement et de sa maîtrise technique.  Une œuvre naît alors, s’échappant de son art.

                            Son premier apprentissage de soudure, il le doit à un copain, qui, par hasard, lui montre en quelques secondes cette technique pour lui faciliter la vie dans ses travaux de bricolage. Mais plutôt que de lui exposer toute une théorie sur la dispersion du métal et les risques de fissure, il lui apprend à souder à l’oreille, à repérer quand le métal est prêt, il n’a alors que trois secondes pour le marteler comme il le souhaite.-

                            Ainsi, pour sa première réalisation, il crée un masque qui d’abord trône dans tous les déjeuners familiaux, chacun étant sommé de donner son avis. Puis, en signe de reconnaissance, l’Artothèque lui achète son œuvre.

                            Il a trouvé sa voie, sans pour autant renier ses œuvres précédentes, il se lance dans la création de sculptures en écrous. Écrous d’acier patinés, d’inox fondus, forgés sur facettes de même taille, en volume, de tailles et diamètres différents ou  superposés sur la tranche octogonale. Une folie créatrice s’empare de Digema qui va vider les stocks réunionnais, achetés parfois à prix d’or dans une boutique chinoise des hauts.  Tel un virtuose, il joue toute la gamme des possibles avec des bustes au masculin-féminin empreints d’une légèreté surprenante, animés d’un souffle créateur, là où la vie et l’art s’interpellent.  

                            À La Réunion, Digema a son cercle d’inconditionnels, amateurs privés ou structures d’art contemporain. Et Monaco lui a tendu la main pour prendre son envol international. Après avoir répondu par mail, sans trop y croire, il a été sélectionné parmi quelques centaines d’artistes, peintres, sculpteurs, plasticiens, photographes… L’œuvre choisie " Là où tout se tient " est exposée à la grande galerie auditorium du Prince RAINIER III. En décembre dernier, le Carrousel du Louvre l’a invité à présenter son œuvre majeure "INVICTUS "… Nice, Dubaï, l’Italie, l’Allemagne et d’autres destinations encore lui ouvrent en grand les portes de la consécration.

 

 

Contact Digema : ikebana@wanadoo.fr

Contact Cité des Arts : 0262920990 - www.citedesarts.re

Illustration : REUNION

REUNION

23 reportage(s)